La présente étude intitulée « Accès aux services sociaux de base et inégalités territoriales dans le département de Kaniasso » analyse les disparités spatiales et leurs effets sur les conditions de vie dans cette zone rurale du nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Dans un contexte où l’accès équitable aux services essentiels constitue un indicateur de justice sociale et de développement territorial, Kaniasso illustre de profondes fractures héritées de déséquilibres structurels, accentuées par des politiques publiques inégalement réparties et des ressources limitées. L’objectif général de l’étude est d’examiner les formes et manifestations des inégalités territoriales dans l’accès aux services de base afin d’identifier leurs impacts sur les populations. La méthodologie combine une recherche documentaire (statistiques de l’INS, cartes, travaux scientifiques) et une enquête de terrain dans 17 villages, réalisée auprès de 372 ménages sélectionnés selon un échantillonnage proportionnel à la taille démographique et calculé avec un niveau de confiance de 95 % et une marge d’erreur de 5 %. Les données ont été collectées par observation directe, entretiens avec les autorités locales, et questionnaires auprès des ménages, ONG et associations, puis traitées manuellement avant une analyse statistique, graphique et cartographique à l’aide des logiciels QGIS, Excel. Les résultats révèlent de fortes disparités : dans l’éducation, 92 % des établissements sont des écoles primaires contre seulement 8 % qui représente les écoles secondaires, concentrés dans les zones très peuplées ; dans la santé, trois hôpitaux généraux et plusieurs centres ou postes de santé existent mais souffrent d’un plateau technique insuffisant, de bâtiments vétustes et d’un manque de services spécialisés. L’accès à l’eau potable reste limité, avec 60 % des ménages dépendant de puits, 19 % de forages, 7 % de sources naturelles et seulement 14 % du réseau d’eau courante, exposant les populations aux maladies hydriques (diarrhées, typhoïde) touchant jusqu’à 60 % des usagers de puits. L’électricité montre une fracture territoriale marquée : un taux de couverture de 80 % à Kaniasso, contre 45 % à Goulia et 30 % à Mahandiana-Sokourani, aggravé par des coupures fréquentes. Face aux difficultés d’accès aux soins, 55 % des habitants recourent à la médecine traditionnelle, 29 % à la médecine moderne et 16 % à l’automédication. Ces inégalités spatiales et sociales renforcent la vulnérabilité des populations et appellent à des politiques publiques territorialisées, un renforcement des infrastructures et une gouvernance locale plus inclusive pour assurer une équité dans l’accès aux services de base.
This study entitled ‘Access to basic social services and territorial inequalities in the department of Kaniasso’ analyses spatial disparities and their effects on living conditions in this isolated rural area in north-western Côte d'Ivoire. In a context where equitable access to essential services is an indicator of social justice and territorial development, Kaniasso illustrates deep divisions inherited from structural imbalances, exacerbated by unevenly distributed public policies and limited resources. The overall objective of the study is to examine the forms and manifestations of territorial inequalities in access to basic services in order to identify their impact on populations. More specifically, it aims to analyse the spatial distribution of educational and health infrastructure, assess inequalities in access to drinking water and electricity, and determine the differentiated effects on inhabitants, particularly in terms of health and care strategies. The methodology combines documentary research (INS statistics, maps, scientific studies) and a field survey in 17 villages, conducted among 372 households selected according to a sample proportional to the population size and calculated with a confidence level of 95% and a margin of error of 5%. The data was collected through direct observation, interviews and questionnaires with households, local authorities, NGOs and associations, then processed manually before statistical, graphical and cartographic analysis using QGIS, Excel. The results reveal significant disparities: in education, 92% of establishments are primary schools, compared with only 8% secondary schools, which are concentrated in the most densely populated areas; in health, there are three general hospitals and several health centres or posts, but they suffer from inadequate technical facilities, dilapidated buildings and a lack of specialised services. Access to drinking water remains limited, with 60% of households dependent on wells, 19% on boreholes, 7% on natural springs and only 14% on the mains water supply, exposing populations to waterborne diseases (diarrhoea, typhoid) affecting up to 60% of well users. Electricity shows a marked territorial divide: coverage is 80% in Kaniasso, compared to 45% in Goulia and 30% in Mahandiana-Sokourani, exacerbated by frequent power cuts. Faced with difficulties in accessing healthcare, 55% of inhabitants resort to traditional medicine, 29% to modern medicine and 16% to self-medication. These spatial and social inequalities increase the vulnerability of populations and call for territorialised public policies, infrastructure improvements and more inclusive local governance to ensure greater equity in access to basic services.
Introduction
L’accès équitable aux services de base constitue un indicateur fondamental du développement territorial et de la justice sociale. Dans de nombreuses régions rurales d’Afrique subsaharienne, et particulièrement en Côte d’Ivoire, cet accès reste marqué par de profondes disparités spatiales, reflétant des inégalités structurelles héritées, accentuées par les politiques publiques inégalement réparties et la faiblesse des infrastructures (K. A. KOUADIO, 2021, p. 14). Le département de Kaniasso, situé dans le nord-ouest du pays, illustre avec acuité cette problématique. Malgré les efforts étatiques et des entités décentralisés en matière de développement local, les populations de ce territoire continuent de faire face à des carences notables dans les domaines essentiels que sont l’eau potable, la santé, l’éducation, l’électricité et l’assainissement (M. TOURE et J.P. PEYON, 1999, p. 38). Ces services de base, pourtant reconnus comme des droits fondamentaux et des leviers de transformation sociale, ne sont pas répartis de manière homogène entre les différentes sous-préfectures et localités du département (T. MEL, 2015, p. 14). Ce déséquilibre territorial entraîne des écarts significatifs en termes de qualité de vie, de mobilité sociale et d’opportunités économiques, affectant de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables, notamment celles vivant dans les zones les plus enclavées (M. FALL et S. COULIBALY, 2016, p. 29). L’analyse de cette situation met en évidence non seulement les limites des politiques d’aménagement du territoire, mais également la nécessité d’une planification spatiale plus inclusive et adaptée aux réalités locales (D.D.A. NASSA, 2007, p. 83). Ainsi, cet article se propose d’examiner les formes et les manifestations des inégalités territoriales en matière d’accès aux services de base dans le département de Kaniasso. À travers une analyse croisée des données empiriques, des dynamiques socio-spatiales et des logiques institutionnelles, il s’agit de montrer les disparités spatiales des infrastructures, d’analyser les inégalités dans l’accès aux services et enfin identifier les impacts sur les populations.
