Dans le contexte actuel de changement climatique, les hausses de températures moyennes ainsi que la fréquence des périodes de fortes canicules s’accentuent dans le monde. Cette situation qui mine la santé physique de millions de personnes dans le monde est accentuée dans les villes par l’effet d’îlots de chaleur urbains. Pour connaître les effets d’un tel phénomène et aider à la prise de décision, cette étude s’est fixée pour objectif de cartographier les zones d’îlots de chaleur urbains dans la région de Dakar afin d’y recueillir les niveaux de sensibilité des citadins notamment les plus vulnérables aux risques thermiques. A cet effet, la méthodologie utilisée a reposé sur l’utilisation de la bande thermique de Landsat 9 pour calculer la température de surface du sol dans le courant de la période pré-hivernale de mai 2024. A partir de ces valeurs de température, l’indice de confort thermique a été déduit pour mieux distinguer les zones d’inconfort. Sur ces dernières, des enquêtes ont été menées auprès des travailleurs à extérieurs des habitats, en pleine air, pour recueillir leur sensibilité aux vagues de chaleur. Les résultats révèlent l’existence de plusieurs zones à risque d’îlots de chaleur urbains. Les corrélations effectuées avec les indices de NDVI, NDBI et NDWI révèlent une augmentation de la température de surface suivant l’importance de la densité du Bâti et de leur baisse suivant l’amélioration de la qualité de la végétation et des plans d’eau. Les populations exerçant des travaux à l’extérieur dans les zones d’inconfort thermique ont déclaré plusieurs maladies lors des vagues de chaleur, allant des douleurs ressenties aux maladies vasculaire cérébrale, respiratoire et endocrinienne ainsi que des troubles d’ordre psychologique. Au vu de ces résultats, cette étude pourrait servir de base d’information à l’identification des zones prioritaires d’intervention pour une amélioration de la qualité de vie des citadins et une réduction des effets potentiels du changement climatique.
In the current context of climate change, average temperature increases and the frequency of intense heat waves are intensifying worldwide. This situation, which undermines the physical health of millions of people globally, is exacerbated in cities by the urban heat island effect. To understand the effects of this phenomenon and to aid in decision-making, this study aimed to map urban heat island zones in the Dakar region in order to gather data on the sensitivity levels of city dwellers, particularly those most vulnerable to heat-related risks. To this end, the methodology used relied on the Landsat 9 thermal band to calculate ground surface temperature during the pre-winter period of May 2024. From these temperature values, the thermal comfort index was derived to better identify areas of discomfort. In these areas, surveys were conducted among outdoor workers to assess their sensitivity to heat waves. The results reveal the existence of several zones at risk of urban heat islands. Correlations with NDVI, NDBI, and NDWI indices show an increase in surface temperature with increasing building density and a decrease with improved vegetation and water quality. People working outdoors in these thermally uncomfortable areas reported various illnesses during heat waves, ranging from pain to cerebrovascular, respiratory, and endocrine disorders, as well as psychological problems. Based on these findings, this study could serve as a basis for identifying priority intervention areas to improve the quality of life for urban dwellers and mitigate the potential effects of climate change.
Introduction
Depuis la révolution industrielle, la terre fait face à un réchauffement sans équivoque de sa température moyenne en raison des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GIEC, 2021, p. 4). Plusieurs indicateurs climatiques tels que : des températures plus élevées de 1,09 °C [0,95–1,20 °C] sur la période 2011–2020 par rapport à la période 1850–1900 ou encore chacune des quatre dernières décennies a été successivement plus chaude que toute décennie précédente depuis 1850, sont autant de faits qui témoignent de l’existence d’un climat de plus en plus chaud (GIEC,2021, p. 5). Selon les scénarios les plus pessimistes ont peut s’attendre à un réchauffement global de la terre pouvant aller jusqu’à plus de 4,4° C à la fin de ce siècle (BENY et al., 2021, p. 6). Ces changements climatiques devraient accroître l’intensité et la fréquence des extrêmes climatiques telles que les vagues de chaleur dont la probabilité d’occurrence est déjà devenue au cours des deux dernières décennies entre 10 et 100 fois plus élevée qu’il y a un siècle dans presque toutes les régions du monde (ECKSTEIN et al., 2021 p. 2).
Du fait qu’elles renferment plus de la moitié de la population mondiale, avec des projections portant ce nombre au 2/3 de la population totale d’ici 2050, les villes, demeurent un environnement très sensible à ces réchauffements climatiques (UNITED NATIONS, 2018, p. 2). En plus, ces hausses de température sont amplifiées dans les villes par les modifications locales de leur climat qui se manifestant par l’apparition d’îlots de chaleur (M. COLOMBERT, 2008, p. 32). Les îlots de chaleur urbain sont des secteurs urbanisés caractérisés par des températures au sol plus élevées de 5 à 10°C que l’environnement immédiat (M. YMBA, 2022, p. 3). Ils résultent de la combinaison de plusieurs facteurs dont principalement : du remplacement en milieu urbain des sols nue et de la végétation par des surfaces imperméables qui s’échauffe facilement, de l’établissement des structures urbaines qui entravent les échanges de chaleur entre le sol et l’air et enfin des émissions de chaleur par les activités humaines (K. LAAIDI, 2003, p. 4). Les îlots de chaleur aggravent donc les canicules par une exposition de la population urbaine à des températures plus élevées avec des écarts qui peuvent être considérables d’un quartier à un autre (K. LAAIDI, 2012, p. 2). Plusieurs auteurs ont ainsi démontré que les îlots de chaleur ont des impacts néfastes et parfois mortels sur la santé et le confort des habitants (M. Pia et al., 2020). On note ici l’exemple de la canicule de l’été 2003 survenue en Europe qui a causé bon nombre de décès (H. GAALOUL, 2021, p. 7). A cela de s’ajoute le fait que les îlots de chaleur contribuent à une augmentation des consommations en énergie et en eau induit par la hausse des demandes en climatisation, en rafraichissement et en alimentation des piscines entre autres (M. GUIGUERE, 2009, p. 1).
Dans les pays en développement, ce sujet est encore peu étudié, bien qu’ils ne soient pas épargnés par ce phénomène (IBIASSI, 2018, p.91). En Afrique, le GIEC estime que la hausse des températures accroîtra le nombre et la gravité des vagues de chaleur (GIEC, 2018, p. 32). Au Sénégal, dans une ville comme Dakar, cette situation risque d’être préoccupante. Elle concentre, en effet, sur un territoire 550 km2, par rapport à l’ensemble du pays : 90% de la population urbaine, 95% des entreprises industrielles et commerciales, 50% des infrastructures et services du pays, 87 % des emplois formels et 75 % des transports maritimes de marchandises en provenance ou à destination de Dakar (ANSD, 2023, p. 26, 39, 93). Aussi, avec sa forte croissance démographique qui s’explique par un exode rural soutenu et un taux d’accroissement naturel de 2,7%, la région connaît une urbanisation dite galopante (ANSD, 2023 p. 18). Cela a engendré un accaparement des espaces jadis non aedificandi comme les réceptacles d’eau pluviale et les espaces verts.
Dans ce contexte, il est devenu primordiale pour la ville de Dakar, de trouver des mécanismes d’anticipation pouvant la permettre de faire face aux éventuels événements de températures extrêmement élevées. Ainsi, pour mieux cerner cette problématique dans la région de Dakar et aider à la prise de décision, cette étude s’est fixée pour objectif de procéder à une cartographie de la répartition spatiale des îlots de chaleur et recueillir les perceptions des populations sur les facteurs de ce stress thermique et de leur niveau de sensibilité aux vagues de chaleur.
