Face aux inondations récurrentes, les populations des grandes villes des pays développés et celles des pays en développement ne cessent de développer moultes stratégies pour se protéger. En dépit du fait qu’elles ne répondent pas qualitativement aux mesures structurelles de gestion des risques, elles leur permettent d’affronter les inondations lors des saisons pluvieuses et de développer ainsi une résilience. Ce sont en effet des stratégies locales de gestion. La ville d’Abidjan n’est pas exempte.
Partant, les habitants des quartiers de la Palmeraie, Gonzagueville et Sagbé Nord, respectivement des communes de Cocody, Port-Bouët et Abobo développent en période de pluie, une remarquable résilience. L’objectif visé dans cette étude est de montrer les stratégies de lutte des populations des communes d’Abidjan en saison de pluie à travers les exemples des quartiers étudiés.
Par le truchement des données qualitatives et quantitatives issues des enquêtes de terrain, cette étude montre que, en l'absence de réponses institutionnelles suffisantes, les populations ne sont pas de simples victimes. Elles mettent en place des stratégies de protection à trois niveaux. D’abord la Prévention déployée à travers le nettoyage des caniveaux, la pose des sacs de sable ou des pneus pour créer des barrières aux pieds des maisons et des terres. Ensuite vient la gestion de crise. Pendant les inondations, les actions prioritaires sont le sauvetage des enfants et la sécurisation des biens. L'entraide entre voisins, l’évacuation, l’hébergement d'urgence et l'utilisation de motopompes domestiques sont aussi au nombre des mesures mises en œuvre. Enfin l’Adaptation : après les épisodes pluvieux, le nettoyage des domiciles, la consolidation des protections existantes et dans certains cas, l’abandon des domiciles restent les actions les plus fréquentes. Aussi, des initiatives collectives visant à réparer les infrastructures et à faire pression sur les autorités pour obtenir des solutions durables en témoignent.
In the face of recurring floods, populations in large cities in both developed and developing countries are constantly devising a variety of strategies to protect themselves. While these strategies do not meet the criteria for structural risk management, they enable people to cope with flooding during the rainy season, thereby fostering resilience. These are local management strategies. The city of Abidjan is no exception.
The inhabitants of the Palmeraie, Gonzagueville and Sagbé Nord neighbourhoods in the Cocody, Port-Bouët and Abobo municipalities, respectively, demonstrate remarkable resilience during the rainy season. This study aims to demonstrate the strategies employed by Abidjan's municipal populations during the rainy season, using the aforementioned neighbourhoods as case studies.
This study uses qualitative and quantitative data from field surveys to show that populations are not simply victims in the absence of adequate institutional responses. They implement protection strategies at three levels. The first level is prevention, which involves cleaning gutters and placing sandbags or tyres to create barriers at the foot of houses and land. Next comes crisis management. During floods, priority actions include rescuing children and securing property. Other measures implemented include mutual aid between neighbours, evacuation, emergency accommodation and the use of domestic motor pumps. Finally, there is the issue of adaptation. After rainy periods, the most common actions are cleaning homes, reinforcing existing protections and, in some cases, abandoning homes. Collective initiatives aimed at repairing infrastructure and pressuring the authorities to find sustainable solutions also demonstrate this.
Keywords
Introduction
Les inondations en milieu urbain constituent aujourd’hui l’un des risques naturels les plus préoccupants dans le monde et en particulier dans les grandes villes du globe, en raison de l’urbanisation rapide, souvent mal planifiée et de la vulnérabilité croissante des populations. Le phénomène s’y manifeste et les impacts vont crescendo. Cette réalité constitue une préoccupation qui ne laisse pas indifférents les chercheurs. Pour preuve, une abondance de productions scientifiques existe sur la question. En effet plusieurs études ont abordé sous différents prismes les risques naturels en milieu urbain.
Dans le district d’Abidjan, 26% du territoire est soumis aux risques naturels au rang desquels les inondations occupent une position tristement importante, (Ocha, 2013, p.1). De nombreuses communes de la ville notamment Abobo, Cocody, Attécoubé, Koumassi et Port-Bouët sont confrontées aux inondations à chaque saison des pluies avec des dommages considérables (D.A. ALLA, 2013 P. 144-147). Poursuivant, après avoir réalisé une analyse globale des risques naturels dans l’ensemble de l’agglomération abidjanaise, l’auteur a fait remarquer au -delà même de la Côte d’Ivoire que les villes africaines en générale, et celles d’Afrique subsaharienne en particulier, sont confrontées à une insuffisance d’aménagement et de gestion de ces risques naturels, notamment l’érosion et les inondations (A. D. Alla, 2013, p. 61-75).
Dans la même dynamique, C. KIEMA (2022, p. 84-86) qualifie l’aménagement urbain en Afrique de « chaotique ». L’aménagement et la planification urbaine sont ainsi mis en cause. D’autres chercheurs ont relevé une combinaison de facteurs qui serait à l’origine des inondations, tels que la topographie, l’intensité pluviométrique, la densité de drainage, l’occupation anarchique du sol et la forte densité démographique (M. K. KOUAME ; B.H. KOUADIO ; K .C BOKA, J.P.A. DEGUY, J.C.YAO, J. BIEMI 2013 p. 97-203).
Selon S.E KOUAKOU (2024, p. 3-16), les villes secondaires comme Tiassalé et N’douci ne sont pas épargnées. Les conséquences y sont toutes aussi graves sur les infrastructures, les conditions et le cadre de vie des habitants (M. K. BROU, F. G. DAKOURI, D. OUATTARA, B. K. KOULE, 2022, p. 123-130). Face à la situation, des réponses institutionnelles sont déployées notamment dans les quartiers les plus exposés. Celles-ci ont été documentées dans un rapport de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDHCI, 2018, p. 87-93). Cependant, dans certains cas, les populations sont livrées à elles-mêmes. Même dans ces conditions elles se refusent d’être des victimes et spectatrices de leur situation. Elles initient des stratégies de protection dans la mesure de leurs possibilités. Les quartiers de la Palmeraie (Cocody), Gonzagueville (Port-Bouët) et Sagbé Nord encore appelé Bocabo (Abobo), où les populations, développent leurs propres méthodes de résilience face aux risques et accidents liés à l’inondation illustrent parfaitement cette dynamique. Ces actions communautaires, bien que souvent informelles, traduisent une capacité d’adaptation remarquable et méritent d’être analysées, car elles pourraient faire l’objet d’un accompagnement structurel dans une perspective de gouvernance inclusive des risques.
Cet article se propose donc d’examiner les actions de lutte contre les inondations menées par les populations des quartiers précités, en mettant en lumière leurs pratiques, leurs savoirs locaux et les dynamiques de solidarité qui émergent dans un contexte de vulnérabilité croissante.
