Une Histoire des marginaux. La main d’œuvre dockers du port autonome d’Abidjan (1999-2021)

Résumé

Le port d’Abidjan a franchi pour la première fois, la barre de 25 millions de tonnes de marchandises en 2019 avec 25 738 345V tonnes enregistrées, soit une hausse de 6, 5% par rapport à 2018 (PAA, Rapport d’activité, 2019). Cette performance est intrinsèquement liée au dynamisme des acteurs. Cet article s’intéresse particulièrement à la vie des ouvriers dockers du port autonome d’Abidjan. Cette réflexion revisite l’historiographie de l’histoire sociale en générale et de l’histoire du travail en particulier existante en Côte d’Ivoire notamment celle consacrée à la main d’œuvre ouvrière. Pour y parvenir, nous avons confronté les données recueillies des diverses sources les unes aux autres pour en extraire les données relatives à notre objectif. Cette méthodologie expose la qualité du statut de dockers, identifie les conditions de travail de ceux-ci et analyse les risques liés auxquels sont exposés les dockers du port autonome d’Abidjan.

Abstract

The Port of Abidjan crossed the 25 million ton mark for the first time in 2019, with 25,738,345 tons recorded, an increase of 6.5% compared to 2018 (Activity Report, 2019). This performance is intrinsically linked to the dynamism of the stakeholders. This article, rather than taking a comprehensive look at all the human resources of the Autonomous Port of Abidjan, focuses specifically on the lives of the dockworkers of the Autonomous Port of Abidjan. This reflection revisits the historiography of social history in general and labor history in particular, particularly that devoted to the blue-collar workforce, that currently exists in Côte d'Ivoire. To achieve this, we compared the data collected from various sources to extract the data relevant to our objective. This methodology describes the status of dockers, identifies their working conditions, and analyzes the risks associated with dockers at the Autonomous Port of Abidjan.

Introduction 

L'histoire des ports remonte à l'Antiquité, avec les premiers ports grecs, romains et égyptiens, et a évolué au fil du temps avec les ports traditionnels, industriels, modernes et durables. Le port est un centre d'échanges et d'exploration, évoluant techniquement pour s'adapter aux progrès du commerce mondial et au développement de la navigation maritime. C’est une infrastructure construite située sur le littoral maritime et destiné à accueillir les bateaux et les navires. Le port permet d’abriter les navires pendant les opérations de chargement et de déchargement et facilite les opérations de ravitaillement et de réparation.

Le Port d’Abidjan, ouvert à la navigation depuis juillet 1950, grâce au creusement du canal de Vridi, a connu depuis cette date, une croissance remarquable de 25 millions de tonnes de marchandises en 2019 avec 25 738 345V tonnes enregistrées, soit une hausse de 6, 5% par rapport à 2018 (PAA, Rapport d’activité, 2019). Il s’impose comme le poumon de l’économie ivoirienne et demeure le principal raccordement des pays de l’hinterland ouest-africain au commerce international par voie maritime. Si la performance du port d’Abidjan est attribuée aux autorités portuaires, il est important de signaler que d’autres acteurs participent aux activités portuaires notamment les marginaux ou les marginalisés.

Ce sont en réalité des personnes sous-représentées qui font face à des obstacles persistants en matière d’emploi. Ce groupe de personne est représenté au port autonome d’Abidjan par la main d’œuvre dockers. Ce docker est chargé de la manipulation, du portage, du déplacement, du chargement et déchargement de marchandise en exécutant un ensemble d’opérations connues ou indiquées. Il travaille au sein d’une équipe, sous la responsabilité d’un chef et exerce ces activités sur le terminal, les quais et à bord des navires. Les marginaux sont des exclus sociaux et culturels de groupes (comme les mendiants, les vagabonds, les réfugiés, les manœuvres, les ouvriers, les mouvements contestataires, etc ) par rapport aux normes d'une société donnée. L’intéressement de l’historien aux études des marginaux remonte en 1970.

Autrefois, le débat historique enfermait les contributions des minorités ou des groupes exclus et se concentrait sur les élites et les groupes dominants. A la faveur de l’Ecole des Annales, l’histoire se renouvèle et intègre dans sa démarche transdisciplinaire des sciences sociales, la longue durée et les structures sociales. Désormais, l’histoire donne la voix aux groupes exclus de l’histoire traditionnelle. En étudiant la main d’œuvre dockers, il s’agit pour nous de mieux comprendre leur situation, de dénoncer les inégalités sociales auxquelles elle est confrontée, d’interpeller la société dominante pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Les travaux existant sur les dockers et la main d’œuvre ouvrière du port autonome d’Abidjan sont abondants.

Ceux-ci sont l’apanage des géographes, des sociologues et des historiens. Parmi les historiens nous avons les travaux de C. CISSE (2013, p. 314), L.J. TOKPA (2006, p. 121), S.P. EKANZA (1977, p. 73-97). Si ces travaux participent à la connaissance de ce groupe social marginalisé, ils se caractérisent par une approche globale (raisons de la présence des dockers, conditions de recrutement, conditions de vie, de travail, traitement salarial, espaces, employeurs, etc). L’année 1999 marque la création du statut de docker et 2021 est l’année des réformes. Cette réflexion se fonde sur les conditions de travail de la main d’œuvre dockers du port autonome d’Abidjan. Dans quelles conditions travaillent les dockers au port autonome d’Abidjan ?

Cette étude, qui est un pan de l’histoire du travail, analyse la vie de la main-d’œuvre dockers du port autonome Abidjan notamment la question des réalités de leurs conditions de travail. Ainsi, une documentation variée constituée des sources imprimées, d’articles scientifiques et d’ouvrages a été convoquée. Nous avons adopté la technique classique de confrontation, d’analyse critique de ces données, de valeurs inégales, et de leur rapprochement les unes des autres comme méthodologie de cette étude. Celle-ci a permis de connaitre le docker, ses attributions ainsi que ses conditions de vie.

Catégorie de publications

Date de parution
30 sep 2025