Réforme éducative et défis d’intégration du système d’éducation coranique en Côte d’Ivoire

Résumé

Les politiques éducatives de l’Etat ivoirien sont élaborées relativement aux aspirations et besoins en éducation des populations. L’expansion du système d’éducation arabo-islamique en Côte d’Ivoire a montré les attentes de la population en la matière. Pour un meilleur contrôle et une harmonisation des connaissances des apprenants, l’Etat initie la Stratégie Nationale d’Intégration des Enfants des Systèmes Islamiques d’Enseignement dans le système éducatif formel. Toutefois, cette politique n’a pas enregistré l’adhésion des différents démembrements du système islamique du fait de facteurs limitants. La présente étude fait une analyse les éléments explicatifs de la non-adhésion des acteurs à partir d’une étude qualitative réalisée dans diverses localités du nord du pays. L’analyse de données collectées montre que la tendance des individus à se maintenir dans l’option de l’éducation coranique ou islamique se justifie par un rejet de la domination symbolique exercé par un modèle éducatif exogène non en phase avec l’idéologie de perpétuation d’une culture religieuse véhiculée par de ses derniers.

Abstract

The education policies of the Ivorian state are developed in relation to the aspirations and educational needs of the population. The expansion of the Arab-Islamic education system in Côte d'Ivoire has demonstrated the population's expectations in this area. For better control and harmonisation of learners' knowledge, the State initiated the National Strategy for the Integration of Children from Islamic Education Systems into the formal education system. However, this policy has not received the support of the various branches of the Islamic system due to limiting factors. This study analyses the factors that explain the lack of support from stakeholders, based on a qualitative study carried out in various localities in the north of the country. Analysis of the data collected shows that the tendency of individuals to remain with the Koranic or Islamic education option is justified by a rejection of the symbolic domination exercised by an exogenous educational model that is not in phase with the ideology of perpetuating a religious culture conveyed by the latter.

Introduction

L’enseignement islamique ou école coranique, structure religieuse et éducative des sociétés musulmanes a été longtemps non institutionalisé, non reconnu par le système éducatif de l’Etat ivoirien. D’abord, plus prononcé dans le Nord de la Côte d’Ivoire (I. BINATE, 2012, p. 228), la pratique s’est ensuite étendue sur le reste du territoire. A l’instar de l’offre éducative en Afrique subsaharienne, celle du pays a été orientée vers l’institution scolaire de type occidentale au détriment de la formation islamique d’éducation ayant ses marques sur le continent déjà au XIe siècle (A. DIA et al., 2016, p. 2). En Côte d’Ivoire, la forme ‘’traditionnelle’’ qui s’était rependue était l’éducation coranique appelée ‘‘dougouman kalan’’1. Elle repose essentiellement sur l’apprentissage du Coran et de la langue arabe. Cette dernière a vu l’avènement de formes ‘‘évoluées’’. Les structures islamiques d’éducation répandues sur le territoire ivoirien se présentent sous quatre types : l’éducation coranique, le médersa ou madrassa (UNICEF, 2019, p.14) l’enseignement franco-arabe, l’enseignement confessionnel islamique dont les contenus peuvent relativement varier d’une institution à une autre.

Une étude menée auprès des populations dans des localités rurales, en particulier au nord et nord-est du pays, montre que des modèles non formels que sont l’éducation coranique, la médersa et le système franco-arabe y ont un fort ancrage et coexistent avec le système formel d’éducation. Ces modèles, reposant essentiellement sur la récitation du Coran pour certains et l’apprentissage de la langue arabe pour d’autres, se prêtent rarement à l’enseignement de la lecture et l’écriture en français alors qu’il note l’adhésion des populations qui y assurent l’éducation des enfants en âge d’être scolarisé.

Ainsi, dans l’optique de lutter contre l’analphabétisme et promouvoir la scolarisation des enfants (S. GANDOLFI, 2017, p. 2) afin de répondre à la politique d’éducation pour tous les enfants de 6 à 16 ans2, l’Etat ivoirien à travers le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle a mis en place, en 2019, la Stratégie Nationale d’Intégration des enfants des systèmes Islamiques d’Enseignement (SNIESIE) dans le système éducatif formel. Cette initiative entend offrir des connaissances, des compétences et une culture commune à tous les enfants sans altérer l’apprentissage de la religion (INDIGO, 2021, p.11).

Nonobstant cette politique éducative alliant à la fois des éléments religieux et éducation, des poches de résistances demeurent. Seules quelques structures en zones urbaines s’inscrivent dans le modèle formalisé, une éducation conventionnelle islamique qui allie éducation au sciences arabes et éducation francophone formelle. Cette réflexion s’inscrit dans l’optique d’analyser les éléments explicatifs de la non-adhésion des populations au système d’éducation harmonisé. Autrement dit, qu’est ce qui explique le maintien du modèle d’éducation coranique au sein de ces communautés rurales du nord du pays et sa coexistence avec le système formel d’éducation.

Selon une démarche qualitative, la présente étude a été réalisée auprès de communautés de cinq localités rurales principalement situées dans la zone nord et nord-est du pays regroupant majoritairement des populations pratiquant la religion musulmane. Les localités sont Lambira, Sévè (Bouna), Tahanso, Zégbao (Odiénné), Dozonsso (Bondoukou). Au total, 150 individus ont été sélectionnés pour l’enquête en raison de trente personnes par localité.  Ce sont des professionnels de l’éducation primaire (Directeurs d’établissements, instituteurs) ainsi que des chefs de famille parents d’élèves. Des entretiens individuels ont été réalisés avec ces derniers autour de thématiques liées à la vie sociale et au système éducatif en faveur des enfants. L’observation de terrain a été fait à partir d’une grille portant sur des aspects liés au contexte éducatif au sein des différents villages investigués pour l’étude. L’analyse des données recueillies ont fait l’objet de dépouillement et d’analyse à l’aide du logiciel Nvivo. Les conclusions de l’étude sont présentées ci-dessous.

L’analyse du corpus a mis en évidence la nature des rapports individus des communautés musulmanes des différentes localités au système formel d’éducation mais aussi au modèle non formel ou modèle islamique d’éducation. Dans le cas de ces villages, l’éducation coranique était celle qui était représentée et partageait la socialisation des enfants avec le système occidental.

 

[1] Littéralement « apprentissage par terre » (en langue malinké) et désignant l’école coranique traditionnelle

[2] Loi n° 2015- 635 du 17 septembre 2015 instituant la scolarisation obligatoire des enfants de 6 à 16 ans.

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Date de parution
31 déc 2023